Dakar et le Sénégal

Jeudi 23 février 2012 4 23 /02 /Fév /2012 16:56

La campagne en direction de l’élection présidentielle du 26 février 2012 a démarré dans un contexte inédit et lourd d’incertitudes.

Encouragé par un Conseil constitutionnel autiste et par un ego hypertrophié, le président sortant n’a pas hésité, du haut de ses 85 ans, à se dédire et à violer les dispositions de la loi fondamentale limitant les mandats à deux.

En face, l’opposition majoritairement regroupée dans le mouvement du M 23 menace d’organiser une élection parallèle et de former un Conseil national de transition. Elle a décidé de s’opposer à la forfaiture du candidat de la majorité sortante et à son rêve fou consistant à vouloir incarner l’avenir d’une population constituée à plus de 50% de jeunes de moins de 20 ans.

 

L'opposition doit s'organiser

 

Pour autant, une telle prise de position oblige à s’impliquer dans une gestion de la complexité. Loin de se focaliser sur un objectif unique qui par sa radicalité et son univocité excluent toute autre perspective, elle suppose au contraire d’autres possibles.

S’opposer n’est pas proposer. Parce que le combat est celui de la mobilisation et non du renoncement, des alternatives doivent être offertes en même temps que les plans d’action élaborés pour le retrait de la candidature du président sortant.

Les citoyens attendent aussi des leaders du M23 qu’ils dévoilent leurs programmes et leur donnent la possibilité de choisir. Il ne s’agit pas de se retrouver en panne de stratégie au soir du 26 février prochain.

C’est dans les bureaux de vote que ça se passera et il faudra être partout présent, d’où la nécessité de mutualiser les efforts en vue de sécuriser le scrutin. Il s’agit d’éviter de marcher sur une seule jambe ou de mettre tous ses œufs dans le même panier.

Les citoyens qui se sont fortement mobilisés le 23 juin 2011 autour du mot d’ordre «Touche pas à ma constitution» et qui, tout au long des mois qui ont suivi ont fait montre d’une grande défiance vis-à-vis du pouvoir en place, ont certainement envie de voir leurs attentes aboutir à des résultats probants. Pour une large majorité d’entre eux l’enjeu est aussi électoral. Ils ne veulent en aucune façon être entraînés dans un boycott du scrutin encore moins dans une voie de garage.

 

Un bilan catastrophique

 

En découdre avec le mode de gouvernance actuel les incite à aller dans les urnes pour y exprimer le rejet total d’un système qui, sur de nombreux points a dégradé la note du Sénégal. La Casamance s’enlise dans une guerre meurtrière. Le monde rural est en proie à une insécurité alimentaire.

Le système scolaire est paralysé et les élèves et étudiants vivent dans la hantise d’une année blanche. La corruption a gangrené le corps social affichant de manière outrageuse et outrancière des richesses sans cause.

Alors que le Sénégal est loué pour sa laïcité, Abdoulaye Wade oppose ses compatriotes entre eux, trouvant le moyen de jeter l’opprobre sur les croyances religieuses d’une partie de la communauté nationale, magnifiant une confrérie au détriment des autres.

Elu au suffrage universel, il affirme devoir son élection à une communauté et par conséquent lui être redevable et lui devoir une discrimination positive. Voilà un président qui fabrique de la conflictualité. La paix à la bouche, toute sa démarche est trempée dans le «fitna» (guerre civile), comme s’il voulait morceler le Sénégal.

Et pourtant, interpellé sur son entêtement à vouloir se présenter, Wade a indiqué vouloir terminer «beaucoup de choses en chantier. Le nouvel aéroport, des projets de route, de chemins de fer». Comme s’il ne comprenait pas que l’histoire s’inscrit dans une continuité dont est comptable la finitude humaine.

Oubliant que la démocratie est un formidable élan qui, tout en s’appuyant sur des fondamentaux intangibles, s’élabore et se construit par et avec des hommes et des femmes frappés du sceau de l’incomplétude.

Elle s’inscrit par conséquent, dans un tâtonnement fait de recherche perpétuelle d’une perfection qui ne sera jamais atteinte. En somme la démocratie est un système politique fragile car elle nécessite de tous les acteurs une conviction démocratique forte.

Il n’y a pas de démocratie sans démocrates convaincus. Et c’est là où le bât blesse. Tout au long de ses longues années d’opposition, Wade a lutté, arc-bouté à une seule conviction qui tournait à l’obsession: le pouvoir.

 

Instaurer une dynastie

 

Installé sur le fauteuil présidentiel à 74 ans, après 26 ans de combats, il ne rêve que d’une chose, le céder à son fils à l’instar des bijoux de famille. Il donne le sentiment de vouloir défier la vie, ce qui se traduit d’ailleurs par cette irrépressible volonté de dévolution dynastique du pouvoir. Quitte à raconter des contrevérités sur l’ancien président Bush qui aurait imposé son fils à l’Amérique.

Inconnu aux bataillons des premiers de la classe et de l’action syndicale, voilà Karim intronisé par son père comme un des Sénégalais les plus brillants. Il se targue ainsi de lui avoir confié plusieurs dossiers qu’il a réussi tout seul, là où plusieurs ministres ont échoué.

A l’entendre on ne peut que penser qu’il n’en a rien à fichtre du Sénégal, des Sénégalaises et des Sénégalais. Comme s’il leur en voulait de l’avoir porté au pouvoir à l’âge où Senghor le quittait. On dirait qu’il veut leur faire payer ce crime de lèse-majesté.

Qui avait dit que Wade pense en démocrate et agit en monarque ?

 

Vieux Savané (La Gazette)

Par Laurent - Publié dans : Dakar et le Sénégal
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Lundi 20 février 2012 1 20 /02 /Fév /2012 18:02

Ce week-end du 17 février a été encore marqué par de violents affrontements entre policiers et jeunes manifestants opposés à la candidature de Wade à l’élection présidentielle. Les rues de Dakar et de certaines localités du pays sont devenues le théâtre de courses-poursuites, tirs de gaz lacrymogènes avec leur lot de blessés et de personnes interpellées.

A une semaine du jour de vote, la tension est toujours vive au pays de la Téranga, une situation surréaliste dans un pays qui a toujours été au-dessus de la mêlée par son expérience démocratique exceptionnelle où la dévolution du pouvoir s’est toujours opérée de façon démocratique et sans violence. Tout le contraire de ce que les hommes politiques et les Sénégalais offrent comme spectacle au monde aujourd’hui.

La violence est devenue un moyen d’expression politique parce qu’apparemment, les moyens d’expression démocratique sont pris en otage. L’administration sénégalaise, disons le parti au pouvoir, a décidé d’interdire toutes les marches et les manifestations organisées par les mouvements tels le Mouvement du 23 juin (M 23) et «Y en a marre» pendant la campagne électorale. L’idée qui se cache derrière cette interdiction systématique est de permettre aux candidats de battre campagne sereinement.

 

Étouffer l'opposition

 

C’est un argument sécuritaire qui cache malheureusement, un intérêt politique et stratégique: priver l’opposition de cette arme redoutable qu’est la rue. Celle-ci a déjà voté, déjà choisi son camp et la laisser s’exprimer même pacifiquement ferait tache d’huile dans tout le pays et pourrait influencer les électeurs restés indécis jusque-là. Le pouvoir a donc décidé de bander les muscles en réprimant systématiquement les tentatives de regroupements des opposants à la candidature de Me Abdoulaye Wade.

Le revers de la médaille est la multiplication des accrochages aussi bien à Dakar que dans certaines localités du pays, éclipsant du coup la campagne électorale et les programmes des candidats. La violence a été au début et sera probablement à la fin du scrutin. Les esprits s’y sont préparés malheureusement et cela fait craindre le pire pour ce pays. Entre les proches de Wade qui annoncent leur victoire au premier tour et défient leurs contempteurs dans les urnes, et les anti-Wade qui, quelle que soit l’issue du scrutin, refuseront de le reconnaître comme président, le Sénégal est écartelé et risque de tomber dans un cercle vicieux.

Les médias font désormais état de nervis à la solde du camp de Wade, qui agresseraient les manifestants. Les violences risquent de prendre le scrutin en otage et pour ne rien arranger, Wade, en plein meeting dans le Nord du pays, a demandé à ses jeunes supporters de surveiller les bureaux de vote et mettre la main sur ses adversaires qui voudraient subtiliser ses bulletins de vote.

La Communauté économique des états de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) et l’Union Africaine (UA) ont senti le danger en décidant de dépêcher à Dakar un médiateur. Une offre de service immédiatement rejetée par le pouvoir sénégalais qui ne veut croire qu’en la vérité des urnes, comme s’il voulait préserver encore quelque vertu démocratique. Wade veut certainement donner l’impression qu’il maîtrise la situation. Être réélu le soir du 26 février est son objectif majeur. Mais pour ses principaux adversaires, le scénario ne s’arrête pas là. Et c’est cela tout le drame qui se noue au Sénégal.

 

Abdoulaye Tao

Par Laurent - Publié dans : Dakar et le Sénégal
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Vendredi 17 février 2012 5 17 /02 /Fév /2012 18:05

Le ministre en charge de l’Energie, Karim Wade, a souligné que son équipe n’est pas là pour régler les problèmes "de manière éphémère", réaffirmant que "les délestages sont définitivement derrière nous".

"J’ai entendu certaines personnes dire qu’après le 26 février, il y aura des délestages. On n’est pas là pour régler les problèmes de manière éphémère", a notamment dit Karim Wade, dans un entretien avec Intelligences Magazine.

"Oui tous les Sénégalais peuvent le constater. En effet, le délestage qui est une opération planifiée à l’avance pour gérer la pénurie est définitivement derrière nous. Vous savez, les délestages étaient tributaires de notre progrès économique", a soutenu le ministre d’Etat, répondant ainsi à ceux qui prédisent un retour des délestages après l’élection présidentielle du 26 février.

Selon lui, les délestages "s’étaient intensifiés dernièrement parce qu’il faut savoir qu’entre 2002 et 2011, on a multiplié par quatre le nombre de Sénégalais qui ont accès à l’électricité, non seulement en milieu urbain mais aussi en milieu rural".

"De plus, selon Karim Wade, la consommation en énergie était dépendante du pétrole au moment où celui-ci a été multiplié quasiment par 101%".

"Notre diagnostic nous a permis d’apporter des arguments crédibles aux bailleurs de fonds pour parvenir à un financement" du plan de relance de l’énergie dit Takkal, a-t-il dit.

Karim Wade a souligné que "le but de notre politique énergétique c’est de vraiment baisser le prix du kwh". Il a annoncé le lancement de certains appels d’offres pour les centrales éoliennes.

"Actuellement, nous sommes à 115 francs CFA le kwh, alors qu’avec la centrale à charbon nous serons à 65 francs le prix du kwh", a-t-il souligné.

Il a également indiqué que "grâce aux centrales à charbon, nous allons ramener le prix du kWh aux alentours de 60 francs CFA". Ce qui constituera une baisse de plus de 50 à 60%, selon lui.

Source : APS

Par Laurent - Publié dans : Dakar et le Sénégal
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Vendredi 17 février 2012 5 17 /02 /Fév /2012 00:04

Dans 10 jours, les sénégalais voteront pour élire leur nouveau président. La campagne électorale bat son plein jusqu'au 24 février minuit. Les candidats vont et viennent à travers le pays afin de convaincre les populations. Les affiches et les slogans fleurissent dans les villes. Certaines sont vandalisées, d'autres laissées telles qu'elles. En parlant de slogans, en voici deux qui m'ont marqué. Celui de Macky Sall (ancien premier ministre de Wade devenu opposant) : "Agir ensemble pour le développement". Et, un d'Abdoulaye Wade (il en a plusieurs en français et en wolof) : "C'est lui qui rassure". Je vous laisse juger...

 

Bref, quelques incidents subsistent. Les membres du M23 et de "Y'en a marre" continuent de manifester leur opposition à la candidature du "vieux" et ce malgré les interdictions et les arrestations. Quelques affrontements ont eu lieu ces derniers jours mais rien de bien important. Autre fait, le cortège de Wade a été la cible de jets de pierre. Enfin, c'est le lot des campagnes. Verdict, le 26 février.

Par Laurent - Publié dans : Dakar et le Sénégal
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Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 13:57

Cela commence à quelle heure une révolution? Sans doute un peu en retard: si l’on croit les horaires sénégalais. La marche anti-Wade du 7 février devait commencer à dix heures. Mais elle débutera deux heures plus tard. Alors que l’épais nuage de poussière rouge et grise d’harmattan commence à se dissiper, comme un nuage de vapeur qui s’évaporerait alors que la température monte dans le chaudron dakarois.

Des centaines de jeunes Sénégalais sont rassemblés devant l’université Cheikh Anta Diop. Un symbole fort. Cette université est la plus prestigieuse d'Afrique de l’ouest. Un mastodonte que les Sénégalais surnomment le dragon. Un leader étudiant, Mamadou Diop, ce jeune père de famille a été écrasé le 31 janvier 2011 par un véhicule de police. Depuis lors, l’université est en révolte. Elle s’embrase régulièrement, ses murs en portent les stigmates. Depuis le début de l’année universitaire, les cours n’ont pas eu lieu. «L’année blanche sans cours devient presque inéluctable», explique un étudiant en droit.

 

L'université est un champ de bataille

 

Ce jour là une grande marche est organisée par le M23, un collectif qui regroupe les opposants au régime Wade: ceux qui refusent qu’il se présente à la présidentielle du 26 février. «Nous considérons qu’il a déjà effectué les deux mandats auxquels il avait droit. Il est au pouvoir depuis 2000. Douze ans, ça suffit», explique un jeune du M23. Il commence à s’échauffer au rap de la sono qui crache «Gorgui (le vieux en wolof) faut pas forcer». Une invitation à quitter le pouvoir pour le président âgé de 86 ans, qui souhaite effectuer un nouveau septennat.

Les manifestants veulent traverser la ville de Dakar; se rendre jusqu’au ministère de l’Intérieur et signifier aux autorités que le président Wade n’a pas le droit de se représenter. Même si le conseil constitutionnel a validé sa candidature. «Ils ont été nommé par le président Wade. Et ils ont cédé aux gratifications financières du régime», affirme l’un des jeunes en colère.

A l’annonce de la décision du conseil, des manifestations avaient éclaté dans Dakar. C’est lors de ses affrontements du 31 janvier que le leader étudiant Mamadou Diop est mort. Deux habitants de Podor dans le nord du Sénégal sont tombés sous les balles de la police.

L’université ressemble encore à un champ de bataille. De rudes combats s’y déroulent presque chaque semaine.

«L’un des grands axes qui y mène est d’ailleurs appelé couloir de la mort c’est un cul de sac si les étudiants se font attraper. Là, ils passent un très sale quart d'heure: la mort de l’étudiant Diop les a d’autant plus choqué qu’un autre étudiant avait été tué exactement le même jour, il y a onze ans» explique un étudiant qui s’enferme dans sa chambre universitaire pour éviter les mauvais coups.

L’université est en ébullition, elle attend avec impatience le début de la marche. Mais le cortège peine à se mettre en branle. «Avant de partir il faut que tous les ténors des partis d’opposition arrivent», explique l’un des responsables du service d’ordre mis en place par le M23. Ousmane Tanor, le leader du parti socialiste se ferait désirer. Qui va ouvrir le cortège les socialistes de Tanor ou les libéraux de Idrissa Seck? La bataille des égos bat son plein. Certains marcheurs font grise mine. «Nous commençons déjà à nous diviser: Macky Sall l’un des plus importants leaders de l’opposition ne participe pas à la marche. Il préfère aller faire campagne dans les milieux rurales», explique un manifestant mécontent.

«S’il commence à faire cavalier seul, c’est peut être parce qu’il sent qu’il a toutes les chances de se retrouver au second tour de l’élection», explique un autre manifestant, plus compréhensif. Il ajoute: «Macky Sall, lui au moins, il a une stratégie, il ne se contente pas de crier tout sauf Wade; l’anti-wadisme c’est un peu court comme programme».

 

L'Afrique et le monde observe le Sénégal 

 

Le mouvement « Y’en marre », qui regroupe des jeunes qui veulent empêcher Wade de se présenter, n’est pas non plus de la partie. Il estime qu’il faut boycotter les élections puisque «Wade n’a pas le droit de s’y présenter». Lors des précédentes manifestations, ce sont des jeunes de Y en a marre qui drainaient les foules 

Si la manifestation met tant de temps à se mettre en branle, c’est aussi en raison des craintes de violence. Présent dans la marche, Abdou Latif Coulibaly, célèbre journaliste d’investigation qui a troqué sa casquette de reporter pour celle de politicien (éphémère candidat à la présidentielle, il a choisi de soutenir Moustapha Niasse, ex-Premier ministre et candidat d’opposition) avoue ses craintes.

«Jusqu’au dernier moment ma fille de sept ans a tout fait pour me dissuader de venir. Elle m’a dit papa je ne veux pas que tu te fasses tuer.»

        «Nous ne sommes pas habitué à la violence, la répression meurtrière des dernières manifestations a fait peur aux Sénégalais», confie un manifestant.

Un de ses camarades ajoute:

«On sait que toute l’Afrique regarde le Sénégal. Notre pays est considéré comme l’un des plus avancés en matière de démocratie. Si jamais Wade réussit son coup de force pour effectuer son mandat de façon anticonstitutionnel, ce sera un grave recul pour la démocratie. Mais que faire pour l’en empêcher. Si on boycotte les élections, est-ce qu’on ne fait pas son jeu?».

Des photographes occidentaux mitraillent les manifestants avec leurs zooms. Un des manifestants s’en amuse :

«Le monde entier nous observe. Tout le monde veut savoir si le printemps arabe va franchir les frontières? C’est la question que tout le monde se pose. On veut faire partir Wade, mais on ne veut pas mourir pour des politiciens. Alors on ne sait pas encore comment tout ça va se terminer».


Youssou Ndour ose défier la police

 

Au fur à mesure, la manifestation prend de l’ampleur. Emportés par la foule, les doutes se dissipent. Les écoliers debout devant les écoles encouragent les manifestants, d’un mot, d’un sourire complice.

Des jeunes rejoignent le cortège qui traverse les rues du centre de Dakar. Ils crient «Wade Assassin. Wade dégage   ou «Wade, vieux menteur dégage». D’autres manifestants réclament la libération de Thierno Bocoum, un jeune militant de l’opposition, incarcéré à la suite des manifestations de la semaine dernière.

Trois heures de marche, les manifestants arrivent à proximité du ministère de l’Intérieur, mais un puissant barrage policier les empêche de poursuivre leur chemin.

«Ils n’ont pas le droit de faire cela nous avons tout a fait le droit d’aller jusqu’au ministre. C’est un droit que nous garantit la constitution», tempête une manifestante.

Les habitants du quartier grognent aussi. La police veut les empêcher de circuler tant que la manifestation n’est pas dispersée: les magasins ont fermé leurs portes, baissé les rideaux. Les habitants se sont refugiés sur les toits et les balcons pour assister la confrontation. Des oiseaux de proie planent dans le ciel laiteux de Dakar.

Les manifestants demandent aux leaders politiques de donner de la voix et d’approcher des policiers en arme. Une fois encore, c’est le chanteur Youssou Ndour qui ose défier la police, il s’approche d’un air confiant des hommes en armes. Lequel d’entre eux osera toucher au chanteur internationalement connu: celui dont la candidature a été invalidée par le conseil constitutionnel?

Youssou Ndour harangue la foule, lui redonne du courage, les autres leaders politiques lui succèdent. Personne ne demande aux militants d’aller défier une fois de plus la police. Personne ne veut prendre la responsabilité d’un nouveau bain de sang.

«Même Wade fait attention. Il n’a pas envie de se retrouver devant la CPI avec Gbagbo. Il a déjà sur la conscience les morts de la semaine dernière», estime un manifestant, soulagé d’avoir échappé aux coups de matraque et aux lacrymogènes.

Il s’interroge malgré tout sur la stratégie de l’opposition. A mi-voix, gagné par le doute et accablé par la chaleur sèche de l’harmattan, il se demande: «Et on va où maintenant ?»


Pierre Cherruau, directeur de la rédaction de SlateAfrique, à Dakar

Par Laurent - Publié dans : Dakar et le Sénégal
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