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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 23:57

L’expérience n’est pas récente, elle fête même ses quinze ans cette année. Mais elle a toujours de quoi fasciner, notamment ceux qui, comme moi, font profession d’écrire, de vivre des mots. Elle montre leur force ; non pas leur force de persuasion, leur capacité à blesser ou à émouvoir, mais une force brute qui agit, sans qu’on s’en aperçoive, sur le physique. L’expérience en question est nichée dans une longue étude publiée en 1996 par le Journal of Personality and Social Psychology. Signé par trois chercheurs de l’université de New York, cet article veut montrer que l’activation, par les mots, de stéréotypes nichés dans nos cerveaux déclenche inconsciemment des comportements automatiques.

 

Comme c’est souvent le cas en psychologie, l’expérience cache ce qu’elle veut tester pour que les “cobayes” ne se doutent de rien. Ceux-ci (30 étudiants) sont donc invités, dans le cadre d’un pseudo-exercice de vocabulaire, à construire des phrases à partir de mots fournis par l’expérimentateur. Un groupe-témoin se voit présenter des mots neutres tandis que le groupe véritablement testé travaille avec des mots liés au stéréotype américain des personnes âgées (par exemple : vieux, solitaire, Floride, bingo, gris, courtois, rigide, sage, sentimental, retraité, etc.), tout en évitant soigneusement les mots évoquant la lenteur, pour une raison que l’on verra après. Chaque participant reçoit 30 jeux de 5 mots et doit, pour chacun d’entre eux, rédiger une phrase grammaticalement correcte avec 4 des 5 mots fournis. Une fois qu’il y est parvenu, il prévient l’examinateur qui lui indique le chemin à prendre pour rejoindre l’ascenseur et quitter l’immeuble.

 

Le “cobaye” pense en avoir terminé, mais c’est en réalité là que la partie la plus passionnante de l’expérience commence… Il ramasse ses affaires, sort de la pièce et parcourt les 9,75 mètres de couloir, sans se douter un seul instant qu’il est chronométré. Une fois arrivé à l’ascenseur, il est rejoint par l’expérimentateur qui lui dévoile le pot-aux-roses. Il lui demande s’il a remarqué que les mots sur lesquels il a travaillé correspondaient tous au stéréotype de la vieillesse et s’il croit que cela a pu influencer son comportement. Dans les deux cas, la réponse est non.

 

Et pourtant… Les membres du groupe-témoin ont mis en moyenne 7,30 secondes pour parcourir le petit décamètre. Un parcours qui a pris, toujours en moyenne, une seconde de plus pour le groupe testé (8,28 secondes). Un hasard ? Pour en avoir le cœur net, les chercheurs ont reproduit l’expérience avec 30 autres étudiants. Les résultats ont été surprenants de fidélité : 7,23 secondes pour le groupe-témoin, 8,20 secondes pour les “cobayes”. Pour les auteurs de l’étude, ces résultats suggèrent que le comportement physique des individus testés a été influencé de manière inconsciente par leur exposition à des mots liés à un stéréotype particulier. En l’occurrence, le stéréotype de la personne âgée a induit le ralentissement de la marche. Les chercheurs notent : “La manière dont le stéréotype activé influence le comportement dépend du contenu du stéréotype lui-même et non des mots qui ont servi de stimuli. Comme il n’y avait aucune allusion au temps ou à la vitesse dans le matériel, les résultats de l’étude suggèrent que les stimuli d’amorçage ont activé le stéréotype sur les personnes âgées contenu dans la mémoire, et que les participants ont ensuite agi en conformité avec ce stéréotype activé.” En clair, avoir pensé inconsciemment au troisième âge a mis les jeunes au rythme des vieux. “Les mots, écrivait Victor Hugo, sont les passants mystérieux de l’âme.”

 

Source : Globule et téléscope

Auteur : Pierre Barthélémy

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Published by Laurent - dans Humour
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