Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 18:13

Du jamais vu à Dakar: Youssou Ndour s’est fait bousculer par des policiers zélés, le 28 janvier, lorsqu’il a rendu visite, comme les autres candidats à la présidentielle, au dirigeant du Mouvement du 23 juin (M23), Alioune Tine, qui a passé la nuit à la Direction des investigations criminelles (Dic). Youssou Ndour, après avoir fait une sortie virulente contre le régime Wade sur sa chaîne de télévision le 27 janvier, s’est dit «menacé» le 30 janvier par un régime qui n’hésite pas à recourir à la violence.

L’antagonisme n’a jamais été aussi poussé entre Youssou Ndour et Abdoulaye Wade, le candidat du Sopi, le changement, qu’il soutenait pourtant au moment de son accession au pouvoir, en 2000. En invalidant la candidature du chanteur, le pouvoir montre des signes de grande nervosité, à un mois de la présidentielle du 26 février.

Le Conseil constitutionnel a donné au roi du mbalax la stature politique qui lui faisait défaut chez lui. Très remarquée par la presse internationale, sa candidature n’était jusqu’à présent pas prise très au sérieux au Sénégal, faisant l’objet d’une déluge de critiques, d’une certaine perplexité et de soutiens plus rares

Abdoulaye Wade, le président sortant, âgé de 85 ans, brigue un troisième mandat, alors qu’il en a déjà rempli deux, le nombre maximum de mandats successifs selon la Constitution du Sénégal, qu’il a lui-même fait modifier pour introduire cette limitation. Sa candidature est très contestée, et c’est surtout sa validation qui a enflammé Dakar le 28 janvier au soir, le temps d’une nuit. Dès le lendemain, le calme était de retour  et les grands marchés de Dakar, Sandaga et Colobane, étaient ouverts.

 

Colère d’une large partie de l’opinion sénégalaise 

 

L’invalidation de la candidature de Youssou Ndour n’a fait qu’ajouter à la colère d’une large partie de l’opinion sénégalaise. Selon le Conseil constitutionnel, Youssou Ndour a présenté une liste de 12.936 électeurs ayant signé en sa faveur (alors que le seuil minimal est de 10.000), sur lesquelles seulement 8.911 ont pu être vérifiées. L’argument paraît d’autant plus fallacieux que Youssou Ndour, l’une des personnalités les plus populaires du pays, fait partie des candidats ayant eu le moins de difficultés à rassembler des signatures.

«Très peu de Sénégalais sont convaincus que le Conseil constitutionnel a dit le droit, explique à Slate Afrique le journaliste sénégalais Mame Less Camara. D’ailleurs, les cinq sages du Conseil constitutionnel ont aussitôt été surnommés les cinq calamités». Selon cet analyste politique, l’invalidation de la candidature de Youssou Ndour n’était guère prévisible et montre à quel point le pouvoir se sent menacé.

«Deux raisons à cela: l’intérêt médiatique suscité par Youssou Ndour va placer le scrutin sous haute surveillance et rendre la fraude plus difficile. D’autre part, le chanteur exerce une nouvelle concurrence sur l’électorat traditionnel du PDS, que vont par ailleurs se disputer trois autres candidats.»

Parmi ces derniers, deux anciens Premier ministres de Wade, Idrissa Seck et Macky Sall, mais aussi Amsatou Sow Sidibé, juriste et militante féministe.

«Avec You qui risque de se servir dans la même assiette, il pourrait ne pas rester suffisamment de voix pour que Wade soit en course au second tour», explique Mame Less Camara. Et ce, d’autant plus que Youssou Ndour menace Wade sur son propre terrain, l’électorat mouride, la plus grande confrérie musulmane du Sénégal, à laquelle il appartient. Le marabout Cheikh Béthio Thioune, populaire chez les jeunes de Dakar, a déjà demandé à ses disciples de «prier» pour Youssou Ndour – une consigne interprétée comme un soutien politique.

 

Le chanteur gêne le pouvoir 

 

Youssou Ndour gêne aussi le pouvoir en gardant un cap des plus intransigeants: il conteste depuis le début la candidature d’Abdoulaye Wade et réfute son droit à se présenter pour un troisième mandat. C’est la motivation principale de sa candidature. Il l’a dit  et répété: «Nous n’accepterons jamais une élection avec Abdoulaye Wade».En tenant cette ligne dure, de manière plus catégorique que bien d’autres dirigeants de l’opposition, Youssou Ndour devient la figure du proue de la résistance organisée par la société civile, et notamment le Mouvement du 23 juin (M23) ainsi que les jeunes de Y’en a marre.

Les autres dirigeants de l’opposition tentent d’attraper le train en marche: sept d’entre eux (Ousmane Tanor Dieng, Moustapha Niasse, Ibrahima Fall, Idrissa Seck, Macky Sall, Cheick Bamba Dièye et Diouma Diakhaté) ont en effet déposé le 28 janvier un dossier au Conseil constitutionnel visant à récuser la candidature d’Abdoulaye Wade.

Qu’est-ce qui fait courir Youssou Ndour? Beaucoup se posent la question, et certains l’accusent d’avoir des intérêts financiers en jeu – il s’agirait pour lui de ne pas payer tout ce qu’il doit au fisc, selon les mauvaises langues. D’autres, au contraire, saluent le courage d’un artiste qui s’engage sincèrement pour son pays.

 

Le régime Wade est aux abois

 

Youssou Ndour, que ses fans appellent «président» depuis plusieurs mois, a été poussé dans l’arène politique par le pouvoir. Quand les autorités lui refusent une licence pour lancer sa télévision privée, en 2008, il lance un mouvement relevant de la société civile, Feke Ma Ci Boolé (“Je suis témoin donc je m’engage”). Il mobilise ses fans, lance une pétition et ne lâche pas prise: il continue d’investir dans sa chaîne, et finit par décrocher la licence en mai 2010, assortie d’une restriction qu’il ne va pas respecter. La Télévision Futurs Médias (TFM) est censée ne diffuser que des émissions culturelles. Elle va néanmoins aborder des sujets politiques, et sert aujourd’hui de véritable tribune à son propriétaire.

Parmi les quelques soutiens déclarés à Youssou Ndour figure le très populaire lutteur Balla Gaye 2, mais aussi le grand patron Bara Tall, qui a eu maille à partir avec le régime Wade. PDG au Sénégal du groupe de BTP Jean Lefebvre et ancien associé de Youssou Ndour dans le groupe Set Com, Bara Tall a été accusé de sur-facturation dans l’affaire des chantiers de Thiès . Il a tâté de la prison sous le régime Wade, et soutient Youssou Ndour en tant qu’entrepreneur tenant tête au pouvoir. Symptômatique des méthodes tant reprochées à l’administration Wade: les manoeuvres aussitôt engagées pour entraver les affaires de Youssou Ndour... Abdoulaye Wade aurait notamment «ordonné» à l’homme d’affaires Cheik Amar de se retirer de ses 35% de capital dans le groupe de presse du chanteur, Futurs médias

Pour Mame Less Camara, le régime Wade est aux abois: «Un proverbe dit chez nous que celui qui doit mourir à la guerre commet toutes les imprudences ce jour-là. Le pouvoir actuel accumule les gaffes, toujours plus grosses à chaque fois, comme s’il le faisait exprès.»

 

Auteur : Sabine Cessou

Source : SlateAfrique.com

Par Laurent - Publié dans : Dakar et le Sénégal
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Samedi 28 janvier 2012 6 28 /01 /Jan /2012 11:26

Hier, le Conseil Constitutionnel a rendu son verdict en donnant la liste des candidats à l'élection du 26 février prochain. Par précaution, les écoles françaises avaient fermé leurs portes mais finalement la décision n'a été rendu que tard dans la soirée. Voici les résultats.

 

Première chose : la candidature de Youssou Ndour a été invalidé. La raison ? Il faut 10000 électeurs appuyant une candidature, or sur les 12936 présentés, seuls 8911 ont pu être identifiés. Un décision sûrement politique.

 

Seconde chose : en tout, 15 candidatures ont été déclarées recevable. On y trouve notamment trois anciens ministres de Wade devenus opposants, de farouches rivaux et une styliste...

 

Troisième chose : la candidature de Me Abdoulaye Wade a été validé et là, c'est la décision qui est en train de faire basculer le pays dans le chaos. En effet, suite à deux mandats, il se présente pour un troisième alors que la constitution n'en accorde que deux. Seulement, comme elle a été modifié lors de son deuxième mandat, les "sages" ont considéré que ce deuxième mandat était le premier de la nouvelle constitution et donc que le Vieux (c'est pas moi qui le dit c'est comme ça qu'on l'appelle ici) pouvait se présenter une troisième deuxième fois.

 

Ces résultats ont provoqué de grosses émeutes tant à Dakar que dans les villes de l'intérieur du pays. Les leaders du M23 (le mouvement contestataire créé depuis le 23 juin dernier) avait organisé une grosse manifestation qui a été largement suivi. Ils ont décidé de marcher sur le palais pour déloger Wade. De nombreux feux ont été allumé dans Dakar et surtout un policier a été tué par des jeunes. De nouvelles manifestations sont prévues aujourd'hui.

 

Enfin, les recours sont possibles ce week-end pour les candidatures et la décision finale devrait être rendue normalement demain.

Par Laurent - Publié dans : Dakar et le Sénégal
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Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 23:08

Tant qu'on parle de la CAN, et comme ce n'est pas diffusé en Europe, pour les passionnés, allez sur ce site.

 

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Par Laurent - Publié dans : Le site du mercredi
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Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 22:54

Je dirais même le gros gros bide... Je parle bien sûr de football. L'information n'a pas été très relayé mais le Sénégal s'est fait lamentablement éliminé d'une compétition où ils partaient large favori. En effet, samedi dernier, les Lions sont tombés contre des zambiens déchaînés et très joueurs. Score final : 2-1.

 

Inutile de dire que le match d'hier contre la Guinée Équatoriale (classée 151e) était ultra décisif. Et là, surprise, les guinéens ouvrent le score en 2e mi-temps. Pourtant les sénégalais avaient tout tenté en 1e mais manquaient cruellement de réalisme. Heureusement, à force de pousser, les Lions égalisent à la 88e sur un bon but de raccroc. C'était sans compter sur une frappe à la dernière seconde du temps additionnel qui envoyait la Guinée Équatoriale en quart de finale et renvoyait le Sénégal à la maison.

 

En tout cas, le pays va pouvoir se reconcentrer sur sa politique. En effet, demain aura lieu l'annonce du Conseil Constitutionnel sur la validation ou non des candidatures en particulier celle de Wade. Compte tenu des futures manifestations, l'école a même décidé de fermer ses portes. Plus d'information demain.

Par Laurent - Publié dans : Ma vie
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Lundi 23 janvier 2012 1 23 /01 /Jan /2012 19:51

Samedi 17 décembre 2011. Il est 5 heures 30. La gare routière dénommée « Pompier » à Dakar grouille de monde. C’est en fait ici que l’on prend les véhicules pour Ziguinchor. Les conducteurs de ces « Sept places » hèlent les clients. Ce samedi, les visages sont maussades dans cette gare. Les vendeurs ambulants et les nombreux mendiants de la capitale sénégalaise qui passent et repassent ne semblent intéresser personne.

 

Cinquième sur la liste des passagers qui ont pris leur billet (Dakar-Ziguinchor à 9500 Francs), je suis assis sur un banc de fortune à côté de la vieille Peugeot 504 qui attend encore deux autres clients.

Vingt minutes plus tard, le véhicule est chargé. Le chauffeur se met au volant, après avoir réglé les droits des responsables des syndicats. Avant même de démarrer, il récite quelques versets coraniques. Les autres passagers répondent en chœur « Amina » dès qu’il a fini. « Il a demandé au Tout-Puissant de nous protéger pendant le parcours », m’explique mon voisin.

Assis à la dernière rangée (qui est en fait, une partie du coffre aménagée) à l’extrême droite, je suis perdu dans mes pensées au départ. Les conditions de voyage ne m’agréent pas. Parcourir 400 kilomètres les jambes pliées sous les sièges du milieu avec les bagages au-dessus de nos têtes est pénible. Mais il faut faire avec. L’essentiel est d’arriver à Ziguinchor avant la nuit. Le silence est total dans le véhicule. Personne n’ose parler à son voisin.

Après deux heures de route, la fatigue se fait déjà sentir. Surtout au niveau des jambes qui sont restées pliées tout le temps. A un poste de contrôle de la gendarmerie, le chauffeur demande l’état de la route. C’est la seule occasion mise à profit par les passagers pour converser. En effet, mon voisin qui semble emprunter ce tronçon pour la première fois comme moi trouve étonnant que le chauffeur pose pareille question aux gendarmes. « Le chauffeur parle du point de vue sécuritaire », explique le passager assis au milieu de la deuxième rangée. La réponse des gendarmes est vague. « Rien ne nous a été signalé pour le moment », ont-ils dit.

Du coup, l’inquiétude grandit chez tout le monde. Car, six jours auparavant, une attaque sur les routes casamançaises a fait plusieurs victimes. « Cette attaque a eu lieu à Kabeumbe, dans le département de Boukinling. Et c’est sur notre chemin », s’inquiète un autre passager.

Nous traversons les villes de M’Bour et Fatik sur la route nationale 1. A l’entrée de Kaolack, le conducteur marque un nouvel arrêt pour un autre contrôle de la gendarmerie. Je profite de l’occasion pour m’éloigner du groupe. Je passe un coup de fil à un contact dans le maquis. « Ne craignez rien. Nous savions que vous veniez. La voie est dégagée », me rassure-t-il. Dix à quinze minutes de discussion entre le chauffeur et les gendarmes. Nous traversons Kaolack. Ici encore, la savane est présente. Mais il y a une particularité. L’industrie du sel est bien implantée. Le long de la nationale 4, des retenues d’eau et des montagnes de sel recueilli sont visibles partout.

Plus on avance, plus les mines sont soucieuses autour de moi dans la « 7 places ». A 12 heures, nous sommes à Keur Ayip. « C’est la frontière. Que ceux qui ont des passeports les fassent signer à la police. Pour les autres, attendez à bord du véhicule. Il faut aller vite », nous lance le chauffeur, tout en se dirigeant avec ses documents en main vers un policier. J’étais le seul détenteur de passeport dans le groupe. Le service de l’immigration enregistre les données qui y sont inscrites dans un volumineux cahier noir. J’y ai passé moins de deux minutes. Sans payer un centime. Dans le même village se trouve le poste de police d’entrée en Gambie.

Pour gagner du temps, je laisse le chauffeur dans le hall de la police sénégalaise pour m’y rendre. A l’entrée, un agent qui suit les mouvements des personnes sur le site les oriente. Comme de l’autre côté de cette frontière, un grand registre est posé sur la table. Mais à part cela, la différence est totale. Tant du point de vue de l’accueil que des actes qui y sont posés. Le policier chargé d’enregistrer les voyageurs est très concentré sur les billets de banque. Les Gambiens paient dans la monnaie nationale, le dalasi. Quant aux Sénégalais, ils payent 500 Fcfa. Les autres nationalités donnent 1000 Fcfa. Sans discuter, je m’acquitte de cette somme et mon passeport est estampillé du précieux cachet.

Deux kilomètres sur le territoire gambien et nous voilà au poste de péage pour le bac. Le chauffeur informe les passagers du droit de traversée. 300 F par personne en plus des 10 000 F pour le véhicule. Je tente de comprendre pourquoi il faut payer si le chauffeur s’est acquitté des 10 000 F. « Monsieur, ici, on ne discute pas. Si tu ne payes pas, tu ne traverseras pas. Si on ne t’a pas mis en prison. Les Gambiens sont très méchants », me lance un des passagers. Très rapidement, les 2100 F sont réunis. Cinq minutes plus tard, le conducteur nous ramène les tickets de traversée et prend place derrière son volant. Il roule quelques instants et nous arrivons au bord du fleuve Gambie. Une file interminable de gros camions, de voitures de transport en commun se dresse. Plus de 150 gros porteurs et 300 petits véhicules attendent. Des travaux de réhabilitation du site provoquant un ralentissement. « Voici la plus grande erreur de Léopold Sédar Senghor. Il aurait dû faire ce pont au moment où la Gambie dépendait économiquement du Sénégal. Aujourd’hui, Yahya Jammeh refuse de le réaliser parce que le bac lui rapporte beaucoup d’argent », philosophe un chauffeur de gros camion qui a passé la nuit au bord de ce fleuve. « Nous avons payé 40 000 francs depuis deux jours. Mais, nous sommes toujours à la même place. Nous avons passé la nuit à la belle étoile », renchérit un autre transporteur en route pour Ziguinchor. Un marché est créé sur place pour les trafics en tout genre.

Après deux heures d’attente, deux personnes m’accostent et me proposent de louer un autre taxi qui nous amènera de l’autre côté de la frontière. Le temps passe. Et j’observe que de petits groupes se forment de part et d’autre avec le même objectif. J’accepte donc la proposition. Un autre passager de notre « 7 places » nous rejoint. Nous sommes désormais quatre. La frontière est à 16 kilomètres. En somme, la Gambie fait 17 kilomètres de largeur. Pour ce trajet, chaque passager paye 1000 F. Durant la traversée, je tente de prendre une photo. Mon voisin m’en dissuade en ces termes : « Décidément, je ne sais pas d’où vous venez, mais vous voulez à tout prix aller en prison ici ». Je range rapidement mon appareil photo. Au bout de dix minutes, nous sommes de l’autre côté de la rive. Nous prenons un autre taxi. La différence est tout de même énorme entre les deux réseaux routiers. En Gambie, les voies sont bien bitumées. Contrairement à celles du Sénégal caractérisées par d’importants nids-de-poule et de la poussière par endroits. Des engins lourds effectuent des travaux d’élargissement de la voie. On sent vraiment que cette partie du pays est en chantier. Au bout d’une quinzaine de minutes, nous sommes à l’autre frontière avec le Sénégal. Dans la petite localité de Soma. Il faut encore remplir les formalités de police. Tant du côté gambien que sénégalais. Avant de prendre un autre taxi de 7 places à 3 500 F. Dire que nous avions payé à Dakar 9 500 francs. Bref, l’essentiel est d’arriver à bon port. Il est presque 16 heures. Et les 143 kilomètres qui séparent Soma de Ziguinchor sont les plus risqués du Sénégal. En fait, nous venons de rentrer en Casamance. Cela se sent aussi à travers le changement de végétation. Ici, la forêt est bel et bien présente. Même si elle n’est pas dense. Des champs d’anacarde sont visibles le long du parcours. Le voyage se poursuit donc au cœur du Sénégal à un rythme très lent à cause du mauvais état de la nationale 4. Dans pratiquement tous les villages traversés, la présence des militaires sénégalais est notable. Cette présence est significative dans les localités comme Badioune ou Bignona. En effet, les passagers descendent des véhicules et brandissent leur carte d’identité pour traverser les points de contrôle. A Bignona, ville carrefour, je rappelle mon contact dans le maquis. Il me rassure de nouveau qu’il n’y a rien à craindre. Il me conseille même un hôtel à Ziguinchor qui sera à l’abri en cas d’attaque pendant mon séjour. Au corridor de Bignona, deux passagers descendent. Nous pouvons au moins étendre nos pieds durant les 30 kilomètres qui restent pour atteindre Ziguinchor.

Une fois dans la capitale régionale de la Casamance, je m’annonce à mon contact. Coup de théâtre. Celui-ci me dit qu’il vient de quitter la ville pour une urgence. « Ne craignez rien. Quelqu’un vous appellera d’ici demain matin », tente-t-il de me convaincre. A 19 heures, mon téléphone sonne et Diatta le Lion m’annonce qu’il est à la réception de mon hôtel. Nous échangeons plus d’une heure cette nuit-là. L’homme se met à ma disposition le lendemain pour me faire visiter la ville. Il m’amène même au lieu où se tenaient les assises du Mfdc version Jean-Marie Biagui. Seulement, il n’entre pas dans salle. « Tous ceux qui sont assis à l’entrée sont des policiers. Ils repèrent les participants et peuvent arrêter ceux qu’ils soupçonnent d’appartenir au vrai Mfdc », m’explique Diatta, avant de me laisser entrer dans la salle.

Pour mon retour, le lundi 19 décembre, Diatta me conseille la route nationale 5 qui sort par Douloulou et Banjul (Gambie). « Tu dois sortir de Ziguinchor très tôt. Si le premier véhicule ne quitte pas la gare avant 9 heures, il faut emprunter n’importe quelle autre voiture pour quitter les lieux. Quelque chose est en préparation. Je ne sais pas les dernières décisions », dit-il. Sur le chemin du retour, effectivement, la nervosité se lit sur le visage des militaires sur l’axe Ziguinchor-Douloulou (frontière avec la Gambie du côté ouest). Des chars sont même garés dans le village de Kawané.

Le lendemain matin, pendant que j’étais à Banjul en Gambie, c’est Diatta le Lion qui me réveille à 6 heures 30. « Nous avons frappé fort à Diégoune ce matin. Pour le moment, le bilan n’est pas encore précis. Cependant, il n’y a pas moins de 10 morts dans les rangs de l’armée dont les renforts sont tombés dans notre embuscade. Nous avons également pris en otage six militaires », jubile-t-il. L’information a été confirmée quelques instants plus tard par les médias. De son côté, la Direction de l’information et des relations publiques de l’armée (Dirpa) a déclaré dans un communiqué de presse qu’il y eu, «côté armée, un tué, un blessé grave et un disparu. Côté rebelles, le bilan provisoire donne cinq morts et six blessés ». Le communiqué ajoute : « Par ailleurs, les éléments du secteur de Diégoune, dépêchés en intervention, ont eu un grave accident de la circulation qui s’est soldé par la mort de sept militaires, dont un officier, et quatre blessés ».

A Banjul, le ferry est régulier et plus confortable. Mais surtout plus rapide. Même si le scénario reste le même (les passagers payent leur ticket). La traversée en direction de Barra est vite faite. Puis, très rapidement, le tronçon Bara-Karang est parcouru. Les formalités de police (gambienne et sénégalaise) sont accomplies. Je suis, de nouveau, au Sénégal. Avec ses nombreux mendiants qui importunent les visiteurs. 

Auteur : Doua Gouly
Source : Fratmat.info

Par Laurent - Publié dans : Dakar et le Sénégal
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